La montée alarmante de la violence dans les périphéries de Port-au-Prince et ses conséquences
- Radio Tele Ole Haiti
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La capitale haïtienne, Port-au-Prince, fait face depuis plusieurs mois à une intensification de la violence, particulièrement dans ses zones périphériques. Alors que les forces de l’ordre renforcent leur présence dans la région métropolitaine pour contenir les gangs, cette pression a déplacé la violence vers des secteurs moins surveillés, provoquant une crise sécuritaire grave.

Cette situation inquiète les autorités locales, les spécialistes en sécurité publique, ainsi que les populations civiles qui subissent les conséquences directes de ces affrontements.
La pression policière et ses effets sur les gangs
Depuis plusieurs mois, les unités spécialisées de la Police Nationale d’Haïti (PNH) mènent des assauts ciblés contre les gangs dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Ces opérations ont permis de reprendre le contrôle de certains quartiers, notamment Bel Air, autrefois sous la domination de groupes armés. Cette avancée des forces de l’ordre a forcé plusieurs chefs de gangs et leurs partisans à fuir vers les périphéries, notamment la Plaine du Cul de Sac et Kenskof.
Selon M. Réginald Delva, spécialiste en sécurité publique, il existe un lien direct entre la récupération de quartiers centraux par la police et la recrudescence de la violence dans les zones périphériques. Les déplacés, souvent considérés comme proches des chefs de gangs, se sont réfugiés dans ces zones rurales où la présence policière est quasi inexistante depuis plusieurs années. Ce vide sécuritaire a permis aux gangs Taliban et Chien Méchant de renforcer leur emprise, provoquant des affrontements violents.
La situation critique dans la Plaine du Cul de Sac
La Plaine du Cul de Sac est devenue un foyer de violence intense. Les conflits entre chefs de gangs y sont fréquents et violents, avec des conséquences dramatiques pour les populations locales. Les affrontements ont causé de nombreuses victimes, mais le nombre exact reste difficile à établir en raison de l’absence prolongée de la police dans cette région.
Le quartier Village Renaissance, en particulier, est au cœur des tensions. Après la reprise de Bel Air par les forces de l’ordre, plusieurs membres de gangs déplacés se sont installés dans cette zone, déclenchant des conflits armés entre factions rivales. La violence y est si forte que les services de santé sont gravement affectés.
Impact sur les services de santé : le cas de l’hôpital Fontaine
L’hôpital Fontaine, situé à proximité de la Plaine du Cul de Sac, a récemment dû être évacué en raison de l’intensification des affrontements. M. Jose Ulysses, responsable de l’établissement, a rapporté 14 cas de blessures graves par balles en peu de temps. Malgré l’évacuation, une équipe d’urgence reste sur place pour assurer les accouchements et prendre en charge les nouveau-nés présentant des déficiences.
La situation est particulièrement préoccupante pour les enfants malades sous assistance respiratoire. Plus d’une dizaine d’entre eux n’ont pas pu être évacués, ce qui expose ces patients à un risque vital accru. Cette crise sanitaire illustre l’impact direct de la violence sur les infrastructures essentielles et la vie des civils.
Les attaques dans les zones rurales de Kenskof
Au sud-est de Port-au-Prince, la région de Kenskof connaît un scénario similaire. Des groupes armés, fuyant les assauts de la police dans la capitale, ont mené des attaques contre les habitants des sections rurales. Le week-end dernier, trois personnes ont été tuées et plus d’une centaine de maisons ont été incendiées dans les localités de Gelin et Belle Fontaine.
Ces attaques ont semé la terreur parmi les populations locales, qui se retrouvent sans protection face à la violence. Les bandits profitent de l’absence de forces de l’ordre pour imposer leur contrôle, aggravant la crise sécuritaire dans ces zones reculées.
Des individus armés ont récemment attaqué plusieurs zones de la commune de Kenscoff, emportant également de nombreuses têtes de bétail, selon les autorités locales. Le maire Massillon Jean appelle les autorités policières à mener des opérations simultanées à la fois dans le centre-ville de Port-au-Prince et dans les zones reculées de la commune. Selon lui, l’arrêt des interventions policières a permis aux bandits de reprendre des forces, malgré les pertes importantes qu’ils auraient subies lors des dernières opérations.
L’agent exécutif intérimaire souligne que l’accès difficile aux repaires des groupes armés complique l’intervention des forces de l’ordre. Les véhicules blindés ne peuvent atteindre certaines zones montagneuses, ce qui rend nécessaire, selon lui, l’utilisation d’appuis aériens. Il rappelle que l’usage de drones a récemment permis de neutraliser plusieurs criminels.
Actuellement, les forces de l’ordre sont présentes uniquement dans le centre-ville de Kenscoff, ce qui permet la poursuite des activités économiques et scolaires. Toutefois, le maire demande au gouvernement d’allouer davantage de ressources aux CASEC afin d’organiser la défense des sections communales face aux attaques.
La situation demeure fragile dans les cinq sections communales, toujours menacées par des groupes armés venus de Carrefour et du centre-ville de Port-au-Prince.
Conséquences sociales et humanitaires
La montée de la violence dans les périphéries de Port-au-Prince a des conséquences profondes sur la vie quotidienne des habitants. Les déplacements forcés, la destruction des habitations et la peur constante affectent la cohésion sociale et la stabilité des communautés.
Les écoles et les centres de santé sont souvent fermés ou évacués, privant les populations d’accès à l’éducation et aux soins. Les familles vivent dans l’angoisse, craignant pour leur sécurité et celle de leurs proches. Cette situation crée un cercle vicieux où la pauvreté et l’insécurité s’alimentent mutuellement.
Les défis pour les autorités et la société civile
Face à cette crise, les autorités haïtiennes doivent relever plusieurs défis majeurs :
Renforcer la présence policière dans les zones périphériques pour empêcher la reconstitution des gangs.
Assurer la protection des civils et des infrastructures essentielles comme les hôpitaux et les écoles.
Mettre en place des programmes de réinsertion pour les jeunes vulnérables afin de réduire le recrutement par les gangs.
Coordonner avec les organisations humanitaires pour répondre aux besoins urgents des populations déplacées et victimes de la violence.
La société civile joue également un rôle crucial en sensibilisant la population, en soutenant les victimes et en appelant à une action concertée pour restaurer la paix.
Perspectives d’avenir
La situation sécuritaire dans les périphéries de Port-au-Prince reste fragile. La pression policière sur les gangs dans la capitale a déplacé la violence, mais ne l’a pas éliminée. Pour sortir de cette spirale, il faudra un engagement soutenu des autorités, un renforcement des capacités des forces de l’ordre, et un soutien accru aux communautés affectées.
Il est essentiel de comprendre que la sécurité ne se limite pas à des opérations militaires. Elle passe aussi par le développement social, économique et éducatif des zones périphériques. Sans une approche globale, la violence risque de s’enraciner durablement, au détriment de la stabilité et du bien-être de toute la population haïtienne.






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